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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


trait d'union 2

Publié le 26 Juin 2008, 23:12pm

Catégories : #un petit tour chez les socialistes


2. Refuser l’Europe américaine


Le Parti socialiste européen (PSE) vient d’engager un tournant crucial dans le projet de construction européenne. Le PSE fait en effet du « renforcement du dialogue transatlantique » une priorité de la politique européenne. Mais en réalité il s’agit déjà plus que d’un simple dialogue. La gauche démocrate en Europe s’est en effet engagée, en accord avec la droite européenne, dans la construction d’un futur « grand marché transatlantique ». Ce projet avait été mis en échec par le gouvernement de Lionel Jospin en 1998. Mais il a été relancé en 2006 par deux rapports dont l’un défendu par une députée européenne du SPD en faveur d’un « grand marché transatlantique sans entraves en 2015 ». A l’époque les députés européens de notre parti s’y sont opposés. En mai 2008, une nouvelle résolution favorable à un marché commun transatlantique a été adoptée par le Parlement européen. Cette fois, la quasi totalité des eurodéputés PS français l’ont soutenue. Pourquoi ce changement de position ? Aucun débat au sein de notre parti n’a été organisé. C’est pourtant un choix fondamental.

Le projet de grand marché transatlantique prévoit la création d’une zone de libre échange pour les services, l’élimination des barrières douanières, technique et réglementaire au commerce, la libéralisation des marchés publics de la propriété intellectuelle et des investissements. Il engage l'Europe dans une promotion fanatique du libre échange au niveau mondial comme le montre la déclaration commune du sommet UE-USA du 10 juin dernier : « nous résisterons au sentiment protectionniste à l’intérieur et nous nous opposerons au protectionnisme à l’étranger. Les modèles du libre et juste échange et de l’investissement ouvert sont les piliers de la croissance économique mondiale ». Il consacre l’évolution de l’Union européenne vers une vaste zone de libre-échange uniquement motivée par la libre circulation des biens et des services.

De plus, ce marché commun n’a pas seulement un objectif économique. Il est officiellement présenté comme la « base propice à l'établissement ferme du partenariat transatlantique, qui permettra à l'Union et aux États Unis de relever ensemble les défis politiques et économiques mondiaux ». Il est même proposé de créer à terme une véritable « Assemblée transatlantique ». C’est donc un projet politique de grande ampleur impliquant des Institutions communes aux deux côtés de l’Atlantique. Quand et où tout cela a-t-il été discuté devant les citoyens ? Il faut refuser absolument cette bifurcation du projet européen. Car si nous voyons bien son objectif économique, nous voyons aussi sa signification géopolitique. Il donne corps au projet de formation d’un « Occident politique » voulu par la doctrine américaine du « Choc des civilisations ». Telle est la ligne adoptée par de très nombreux dirigeants européens et en France par Nicolas Sarkozy. Cette vision géopolitique repose sur l’idée que l’hégémonie de « l’Occident » est mise en cause et qu’il faudrait répondre au phénomène par une intégration croissante des nations « occidentales » sur le plan économique comme militaire.

 

Ordre international et laïcité

Depuis les discours de Nicolas Sarkozy à Ryad et à Latran, nous savons qu’une nouvelle cohérence est au pouvoir en France. Elle unit une vision de l’ordre du monde à construire d’après les normes de la théorie étatsunienne du choc des civilisations à une volonté affichée de reconfessionnaliser la France par la mise en cause de la loi de 1905. Devant tous les ambassadeurs de France, Nicolas Sarkozy désigne comme « premier risque pour la paix » et « premier défi » pour notre politique extérieure une soi-disant « confrontation entre l’Islam et l’Occident ». Devant le pape, il vante les prétendues « racines chrétiennes » de la France et promet de « réformer » la laïcité. Sont unies dans un même discours une vision absurde sur le plan des relations internationales et une grave politique de division des Français. Ceci nous enjoint de reformuler notre combat pour la laïcité. Celle-ci doit être à la fois un combat dans notre pays ainsi que le mot d’ordre et la méthode qui organise notre approche de la politique internationale. A notre tour nous devons montrer la cohérence qui unit la définition républicaine de l’identité de la France et notre refus de ce nouvel ordre « civilisationnel ». La doctrine du choc des civilisations n’est qu’un emballage de la prétention hégémonique des Etats-Unis. Ceux-ci réalisent 50% des dépenses militaires du monde et la proportion monte à 83% quand on y intègre ses alliés. Il s’agit donc pour les Etats Unis de continuer à garder la première place, celle qui lui permet de vivre à crédit du reste du monde, au moment où celle-ci lui est disputée par la monnaie européenne autant que par la capacité productive de l’Asie. Il ne faut pas l’aider dans cette voie.

 

Le choix de la paix

Mieux vaudrait au contraire contester l’ordre du monde sous domination états-unienne ! Plutôt que de donner une traduction politique et institutionnelle à la ligne du choc des civilisations, l’intérêt français et européen pour la paix est tout autre. Il est plutôt de promouvoir un monde multipolaire où les échanges sont organisés dans une exigence de développement partagé. C’est le seul moyen concret de faire contrepoids à la toute-puissance américaine ou à celles qui pourraient surgir dans l’avenir. Il vaut mieux donc rechercher des rapports d’alliance et de coopération avec les pays en capacité d’être de nouvelles puissances régionales et mondiales : Brésil, Russie, Chine, Inde… Au contraire des Etats-Unis, celles-ci sont désormais directement intéressées à la paix dans le monde puisque celle-ci leur permet d’accéder dans un proche avenir aux premières places. Il faut donc d’abord se mettre résolument à distance des aventures militaires impériales autant celle de l’occupation de l’Irak que celle d’Afghanistan. Mais aussi des politiques agressives contre les pays de la vague démocratique en Amérique latine. Ou des manœuvres d’encerclement de la Russie par l’Otan. La décision de réintégrer étroitement la France à l’OTAN non plus n’est pas acceptable. Bref, sans entrer dans chaque cas, si l’on veut une politique de paix, il faut bâtir une nouvelle cohérence de la politique internationale des Européens et d’abord des Français, réellement indépendante des Etats-Unis.

Certes le congrès ne peut aller dans tous les aspects de cette question. Mais il doit trancher sur un point au moins : le refus du grand marché transatlantique. Nous avons la responsabilité d’empêcher la construction d’un nouvel ordre mondial à la main de l’hyper puissance. C’est un point incontournable de notre débat.


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