Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


SMIC et 35 heures, vus de la droite

Publié le 24 Juin 2008, 23:12pm

Catégories : #dans à gauche

Pendant la crise politique, la droite continue d’avancer.

Par François Delapierre



Attention l’effet d’optique peut être dangereux. Certes il ne se passe pas de semaine sans que le pouvoir en place ne donne des signes stupéfiants de fragilité politique. Les sondages, qui créent le climat politique plus qu’ils ne le mesurent, sont désastreux pour Sarkozy. Le groupe UMP du Sénat taille chaque jour en pièces le travail du groupe UMP de l’Assemblée nationale sur le projet de réforme des institutions qu’ils sont censés adopter dans les mêmes termes d’ici un mois seulement. Les relations entre le président de la République et le Premier Ministre s’installent dans une franche hostilité tandis que le bruit des couteaux que l’on aiguise emplit les couloirs de l’UMP. A l’évidence les institutions du pays ne fonctionnent pas normalement. La crise politique campe fermement au cœur du régime. Mais dans le même temps, la droite avance et marque sans cesse des points sur ses objectifs essentiels.

Ainsi, alors que l’actualité médiatique foisonne (polémique sur l’INSEE, centre de rétention en flammes, Sarkozy devant la Knesset…) et détourne l’attention, le gouvernement est en passe de réussir un nouveau hold-up dans les poches des salariés. La droite n’a pas oublié d’être de droite. Son combat central, celui autour duquel s’organisent tous les autres, est d’assurer au capital une part toujours plus grosse du gâteau, un partage des richesses toujours plus favorable aux actionnaires et toujours plus défavorable aux salariés. Comme le dit Jean-Pierre Raffarin, « victoire politique ne veut pas dire forcément victoire sociale » (émission Le Franc Parler). La victoire sociale est la raison d’être de la victoire politique. C’est elle que visent les deux décisions récentes du gouvernement sur le SMIC et sur les 35 heures.

Le choix du gouvernement de ne pas donner de coup de pouce au SMIC est tellement choquante que ce dernier a du lancer un contrefeu, à l’instant même où il l’a rendu publique, sous la forme d’une campagne publicitaire vantant ses efforts de promotion du pouvoir d’achat. Car cela fait maintenant deux années de suite que le soi-disant « président du pouvoir d’achat » refuse tout coup de pouce au SMIC. Même Chirac consentait à faire en la matière un geste modeste. Sarkozy, lui, ne lâche rien. La hausse du 1er juillet ne dépassera pas l’obligation légale de 0,9%, soit seulement 8 centimes de plus de l’heure. Alors même que l’INSEE révèle que le pouvoir d’achat des ménages a baissé depuis un an et prévoit qu’il continuera à diminuer cette année dans le contexte de hausse de l’inflation. Et le gouvernement ne s’arrête pas là. Il souhaite pour l’avenir réformer la gestion du SMIC. Il entend en effet se priver du dernier levier qui lui reste pour augmenter les salaires en confiant la revalorisation obligatoire du SMIC à une commission « indépendante » et caresse l’idée de rétablir le mode de calcul du salaire minimum qui existait avant 1968, basé uniquement sur l’inflation sans tenir aucun compte de l’évolution du salaire ouvrier moyen.

Quant à la réforme du temps de travail qui donne la possibilité à des accords d’entreprises de déroger à la loi sur les 35 heures, elle permet une baisse considérable des salaires par la suppression des heures supplémentaires. Fondu dans l’annualisation du temps de travail, le dépassement des contingents d’heures, des limites journalières et hebdomadaires, ce qui était jusqu’ici payé en heures supplémentaires le sera désormais en heures normales. Le tout selon Sarkozy pour prendre « en compte la réalité quotidienne de l’économie ». Oui vous avez bien lu, quotidienne ! Faut-il maintenant s’attendre au rétablissement du travail à la journée ?

La droite sait qu’elle conservera la confiance des siens malgré toutes ses difficultés si elle leur procure les avantages sonnants et trébuchants qui sont sa raison d’être. Elle sait aussi que la gauche est désormais singulièrement désarmée dès qu’il est question du partage des richesses. La thèse démocrate en vigueur dans la social-démocratie européenne, qui considère cette problématique comme secondaire voire dépassée, a fait des émules dans notre pays. Ségolène Royal n’a-t-elle pas déclaré qu’elle n’avait jamais cru à son propre engagement de campagne de hausse du SMIC ? Il est difficile après cela d’être crédible pour dénoncer les choix du gouvernement en la matière. Quant à la loi sur la durée du travail, elle rappelle fortement les clauses « d’opt-out » inventées par les travaillistes britanniques pour « permettre aux salariés qui le souhaitent » de déroger à la norme européenne de durée hebdomadaire maximale de travail. Non, décidément la droite n’oublie pas de faire de la politique. A chaque fois que la gauche recule d’un pas pour montrer sa « bonne volonté » et protester de sa modernité devant le cercle des éditorialistes bien-pensants, elle avance d’un pas de plus vers la mise en œuvre d’un modèle social digne du 19e siècle.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
le totalitarisme n'est pas où le dise les libéraux mais bien dans leur méthodes et dans les politiques qu'ils appliquent pour exploiter les salariés. Alain
Répondre
I
cet article rappelle que la droite actuellement au pouvoir est sur un shéma idéologique très précis : continuer de façon rapide et brusque à établir un libéralisme économique reposant sur " le tout privé "........ pour le secteur marchand et sur ce qui est rentable ou en passe de le devenir pour ce qui concerne le service public.D'ailleurs il y a des phrases qui ne trompent pas pour mieux masquer le caractère idéologique des mesures économiques ou organisationnelles prises : "nous sommes des pragmatiques" .....Dans le même temps on renforce le pouvoir des PDG "amis" au sein des médias   et on met les médias publics sous la "coupe" de l'éxécutif  en légiférant pour nommer désormais le PDG de France Télévisions ...par l'éxécutif ( c'est à dire par Sarkosy ..).On prépare l'avenir par la main mise sur les entités susceptibles d'agir sur l'opinion des français ....et gageons ...que l'on va bientôt légiférer sur "la nécessité" de mettre des contraintes sur internet ( pour cause de maitrise des sites ...sur la pédophilie par exemple, ce qui peut se concevoir sur ce sujet ..) pour réduire cet espace de liberté qui s'avère un des seuls moyens de faire passer une information non conforme aux shémas élaborés par le pouvoir actuel en France ( c'est à dire  Sarkosy  et ses commanditaires du CAC 40..)...Dans le même temps on dénonce ces pays "totalitaires" que sont le Vénézuela , .....  mais surtout pas Bush ,...
Répondre

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents