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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


pour un oui, mais surtout pour un NON

Publié le 8 Juin 2008, 23:00pm

Catégories : #référendum

et si le « non » gagnait ?

L’événement du jour, c’est le sondage de l’Irish Times, principal journal du pays, qui annonce pour la première fois le « non » gagnant. Ce qui frappe chacun est l’ampleur du basculement par rapport à la précédente enquête : 5 points de moins pour le « oui » et 17 points de plus pour le « non » ! Le oui serait-il en train de perdre la partie ?

Ce n’est pas impossible. Ce serait d’abord de la faute du « oui » lui-même. Sa campagne n’a aucune puissance de conviction. Les seuls « arguments » avancés sont des arguments d’autorité : je vote oui alors faites-moi confiance et votez de même. Or les porte parole du « oui » ne suscitent guère la confiance. Les déclarations du premier ministre qui a publiquement reconnu ne pas avoir lu le texte ont été désastreuses. D’autant que ce n’est pas une bourde isolée. Pour « faire connaître » le texte, une commission soi-disant indépendante a été constituée. Elle a publié une présentation du traité pseudo-informative mais soigneusement orientée. Or lorsqu’il a été interrogé à la télévision sur une question aussi simple que les matières sur lesquelles porterait désormais le vote à la majorité qualifiée, le président de cette Commission censée éclairer le public irlandais est resté muet pendant plusieurs secondes. Un long, très long blanc. En direct. Beaucoup d’électeurs comprennent donc qu’on leur demande de voter les yeux fermés. Qu’il leur est demandé un pur acte de foi dans la construction actuelle de l’Union Européenne. Or pour la plupart ils ont perdu la foi et sont désormais saisis par le doute.

En France, on me raconte que les médias affolés par le sondage qui vient de paraître expliquent la montée du non Irlandais par des raisons de politique intérieure. Cet aveuglement est pour le moins stupéfiant. L’Irlande vient en effet de reconduire une énième fois le Fianna Fáil à la tête du pays il y a tout juste un an. Ce n’est donc pas un pays politiquement instable, où tout serait bon pour mettre en difficulté le pouvoir. On ne peut pas dire que c’est la politique irlandaise qui est en passe de provoquer une crise européenne. C’est plutôt la crise européenne qui pourrait entraîner une gigantesque surprise dans la politique irlandaise. On mesure en Irlande à quel point l’état d’urgence politique en Europe est en fait importé dans chaque Nation à mesure que les compétences transférées au niveau de l’Union sont exercées de manière à la fois antidémocratique et contraire aux attentes des citoyens.

L’incapacité du « oui » à convaincre, ses gaffes, cafouillages et bafouillements de toutes sortes sont un révélateur. Ce n’est pas le commercial qui est mauvais. Le premier ministre Brian Cowen est en temps normal un homme habile. Son parti, qui jouit d’un authentique enracinement populaire, dispose d’une capacité de mobilisation électorale supérieure à tous les autres. C’est plutôt le produit qui ne vaut rien. Il n’y a pas lieu de s’étonner. Ce Traité n’a pas été écrit pour gagner des référendums mais pour les éviter. Le faire adopter démocratiquement est un exercice périlleux. Selon les sondages, la majorité des électeurs qui choisissent le « non » expliquent leur choix par le fait qu’ils ne connaissent pas le texte. L’opacité voulue par les auteurs du Traité se retourne contre eux. Car les électeurs irlandais en tirent une conclusion inattendue. Ils pourraient dès lors choisir de faire confiance à leurs dirigeants. Or cette confiance a disparu. L’électeur renifle l’arnaque. Il se méfie de cette unanimité factice, de ces slogans publicitaires, des arguments contradictoires du « oui » (le Labour qui soutient le Traité en expliquant que la Charte des Droits Fondamentaux mettra un coup d’arrêt au recul des droits sociaux, le Fine Gael qui rassure les siens en disant que cette Charte n’a rigoureusement aucune portée…). Face à cela, il n’est pas dit que le « oui » puisse remonter la pente.

La victoire du « non » en Irlande serait un événement considérable. La ratification du traité de Lisbonne deviendrait impossible en l’état. Comment les 27 y feraient-ils face ? Peut-être chercheraient-ils à aller le plus vite possible pour relancer le processus et éviter la contagion en tâche d’huile dans les pays privés de vote. Ils pourraient décider de modifier le Traité à la marge. Et limiter les changements à des dérogations pour l’Irlande afin d’éviter un troisième « traité modifié » qui ouvrirait nouveau cycle de ratification dans toute l’Union (ce qui en France risquerait d’impliquer une nouvelle réunion du Congrès de Versailles…). Une solution pourrait consister à prévoir un statut spécial pour l’Irlande garantissant explicitement sa neutralité Quelle que soit la portée des changements opérés, tout nouveau traité devrait être soumis à nouveau à référendum en Irlande même, constitution nationale oblige. Il faudrait donc y apporter des changements suffisamment substantiels pour faire changer d’avis les électeurs. Ce faisant les difficultés politiques dans le reste de l’Europe ne seraient pas réglées pour autant. D’abord on peut remarquer le coûteux paradoxe à ce que l’Union tienne compte du « non » irlandais sous la présidence de Sarkozy alors que celui-ci a refusé de tenir compte du « non » français. S’il y a une exception irlandaise acceptable sur la neutralité, pourquoi pas une exception française sur les services publics ? Ensuite, cet épisode fragiliserait considérablement le traité de Lisbonne devant l’opinion européenne tout entière. Beaucoup constateraient que les dirigeants européens n’ont pas réussi à le faire passer alors même qu’ils ont pris toutes les précautions pour éviter le vote populaire. Dès lors le caractère insupportable pour les peuples du texte européen serait difficile à nier plus longtemps.

Si le « non » l’emportait et si les 27 ne réussissaient pas à accoucher d’un nouveau texte et à le faire adopter par les Irlandais sous la présidence française, l’année 2009 commencerait sans traité de Lisbonne. Or ce sera l’année des élections européennes. L’empressement des dirigeants européens à adopter le traité avant que les citoyens de toute l’Union ne soient appelés aux urnes deviendrait extrêmement visible. Et politiquement extrêmement gênante. Comment justifier qu’une question de cette importance ne devienne pas une question centrale du scrutin européen ? Pourquoi ne pas demander aux Européens ce qu’ils veulent mettre dans ce Traité alors que chacun d’eux est appelé dans toute l’Europe à donner son avis ? Alors le « non » irlandais rebondirait dans toute l’Europe. Ce serait une chance unique pour les partisans d’une autre Europe comme pour tous ceux qui souhaitent faire avancer le débat démocratique européen. Mais nous n’y sommes pas encore. Un bon sondage ne fait pas le printemps. Le confirmer est désormais l’enjeu des prochains jours.

Par François Delapierre


 

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Communiqué
de presse de Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l’Essonne, membre du Bureau
national du PS
« Si les Irlandais votent
Non au traité de Lisbonne, ils vengeront notre peuple de la forfaiture de
Nicolas Sarkozy et de la trahison des parlementaires socialistes qui ont permis
de faire passer le traité de Lisbonne sans référendum en France. Une nouvelle fois il sera prouvé que cette Europe-là n’est pas l’Europe des
citoyens mais seulement celle des élites ivres du libéralisme dont le bilan et
les méthodes finiront par enlever à tous la moindre envie d’Europe. Les Irlandais ne peuvent pas bloquer définitivement le traité de Lisbonne. Mais ils peuvent ridiculiser ses auteurs et leurs méthodes
d’enfumage des peuples. »
 
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