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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Valls et Jaurès, suite

Publié le 2 Juin 2008, 23:01pm

Catégories : #un petit tour chez les socialistes

Sont-ils devenus fous ?


(Un article de Marie-Noëlle Lienemann)


Quelle mouche a-t-elle piqué un certain nombre des responsables socialistes, qui chacun à leur façon s’imagine conquérir un brevet de modernité en jetant par-dessus bord les fondamentaux socialistes et en captant les mots – et du coup une large part de la pensée- de la droite et de nos adversaires. Tout cela n’est pas sans rapport avec les déclarations de François Fillon qui peut, en guise de bilan d’une année de Sarkozysme, conclure – abusivement à mon avis- à la victoire idéologique de son camp !
On voit là plus qu’un hasard : c’est la thèse de la triangulation, chère à Tony Blair. Il faudrait  capter les idées dans l’air du temps, et se placer sur le terrain de la droite pour tenter de gagner de la crédibilité tout en jouant la carte de la rénovation, qui bien sûr devait être dans l’accompagnement du mouvement dominant.  C’est la  pensée unique des communicants, comme celle  qui  plaide pour la confusion, l’ouverture et autres fadaises.

Mais voilà tout cela pouvait peut-être marcher il y a 10 ans -et encore je doute que cette stratégie ait la moindre efficience en France (d’ailleurs Sarkozy a gagné sur le thème de la droite décomplexée)-, ce n’est plus pertinent aujourd’hui. Le monde change, les crises s’accumulent, le libéralisme est critiqué de toute part, même aux USA, et ce sont de nouvelles préoccupations, d’autres  perspectives qui s’imposent. Un cycle s’achève et tous ceux qui de près ou de loin veulent enfourcher le cheval libéral ou  les thèses anti sociales de la droite, sont en retard, s’égarent, se trompent.

Manuel Valls représente la quintessence de ces dérives. Chargé de la communication et des campagnes  au PS puis au cabinet de Lionel Jospin, Il est le spécialiste de toutes les grandes défaites du PS. Toutes les campagnes qu’il a organisées se sont soldées par un cuisant échec. Alors ces conseils en communication sont assez peu fiables. Au passage, son insistance à parler d’une nouvelle génération a de quoi faire sourire ceux qui savent qu’il est, depuis des lustres, dans la plupart des majorités du parti, dont il condamne aujourd’hui l’archaïsme.

Mais revenons à ses propos scandaleux sur sa préférence pour Clémenceau face à Jaurès. Ils sont révélateurs surtout si on les remet en perspective avec son soutien à la politique de Sarkozy sur les régimes spéciaux de retraites et  le service minimum.
Dans son dernier livre (Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche), il évoque le débat Jaurès / Clemenceau à la Chambre des députés de juin 1906 et il indique que ses préférences vont vers le président du Conseil Clemenceau, et ses « cathédrales républicaines » patiemment construites, non vers le fondateur de L’Humanité Jean Jaurès et ses « palais de fééries ».
Le débat de 1906 oppose les deux hommes au sujet des grèves des mineurs du Pas de Calais, après la catastrophe de Courrières. Onze cent victimes environ, catastrophe nationale qui pose le problème de la sécurité, du profit et des vies humaines. Vingt mille soldats sont envoyés dans la région pour reprendre le contrôle de la situation. Clemenceau, tourne le dos à son passé de  champion de la gauche radicale et de dreyfusard pour se muer en « premier flic de France », promoteur d’une gauche pour laquelle l’ordre passe avant la justice. En ce même printemps 1906, Clemenceau, « le briseur de grèves » mate aussi un mouvement social chez les postiers (ces fonctionnaires ne sauraient avoir le droit de faire grève), bloque le déploiement syndical du 1er mai en plaçant Paris dans une sorte de « petit état de siège » (45 000 soldats contrôlent la capitale avec de nombreuses réquisitions militaires) tandis que le secrétaire général de la CGT, Griffuelhes, est arrêté et poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État.
C’est contre ce comportement assurément nouveau de la part du pouvoir radical, qui tranche en tout cas avec celui des années du Bloc des gauches, que s’élèvent Jaurès et les socialistes. Et ils avaient raison !

Maintenant on pourrait aussi montrer que Jaurès n’avait rien du doux rêveur loin des réalités que veut décrire Valls. Il suffit de se souvenir de sa réponse très concrète aux ouvriers de Carmaux avec la création de la coopérative ouvrière !  Il est clair que son entreprise à lui est bel et bien le discrédit de la gauche, et la préparation des esprits  au renoncement et au fatalisme. Mais Valls sera bien marri… Car sur ce terrain la droite sera toujours meilleure que lui !


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