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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


Saint Valentin aux Antilles

Publié par Brigitte Blang sur 14 Février 2019, 01:23am

Saint Valentin aux Antilles

1952

Saint Valentin sanglante en Guadeloupe

 

Ce mois de février 1952, vif encore dans toutes les mémoires guadeloupéennes, n’est pas tombé comme une erreur de l’histoire, dans la quiétude d’une île sereine. Il est au contraire l’issue d’une lente décomposition politique amplifiée par un conflit sévère dans l’industrie de la canne à sucre.

Depuis la fin de la guerre, la France manque de tout. De bras bien sûr, mais aussi de charbon, de nourriture, et tout spécialement de sucre. Tout naturellement, la métropole se tourne vers ses sucreries antillaises. Celles-ci ont constitué d’incroyables stocks, en raison des difficultés d’expédition et surtout du blocus organisé pendant les années de conflit. Jamais l’industrie sucrière n’a été aussi prospère. Jamais les bénéfices n’ont été aussi colossaux. Jamais non plus la misère des travailleurs du sucre n’a été aussi criante. L’inflation galope, et au passage dévore les pauvres augmentations de salaire consenties à la fin de chaque année. C’est toujours l’ouvrier qui perd dans cette course effrénée… Si on voulait trouver une illustration à la lutte des classes, c’est là-bas, dans cette île « paradisiaque » qu’il faudrait la chercher. D’année en année, on voit se succéder les grèves. Celle de 1948 est une des plus dures. 50 jours sans travail. Une âpre répression. Et une timide augmentation des salaires.

Rien n’est réglé pourtant. En novembre 1951 des négociations salariales échouent. Une fois encore. Une fois de trop… Et en janvier 1952, ce sont les fonctionnaires qui rejoignent la contestation ouvrière. La grève se généralise. Elle essaime des usines aux plantations.

Le 11 février, réclamée par les propriétaires énervés, la police s’installe dans le bourg du Moule, seul port de la côte Est. Des barricades sont élevées, pour empêcher les charrettes d’entrer dans les usines.

Les CRS vont « maintenir l’ordre »… On imagine comment.

Le 14 février, leurs balles font 4 morts et de nombreux blessés.

4 morts. Le prix d’une augmentation de salaire.

Les guides touristiques n’en font guère état, les événements plus graves encore de mai 1967 ayant gommé toutes les révoltes antérieures. Mais dans la mémoire guadeloupéenne, cet épisode a laissé un souvenir cuisant.

Chaque année dans l’île, à cette date, les syndicats commémorent cette Saint Valentin sanglante, en défilant en mémoire des victimes.

Si vos pas vous mènent en vacances par là-bas, faites donc une visite au monument dressé en face du cimetière. Pour parler d’un massacre oublié.

 

Brigitte Blang

Saint Valentin aux Antilles
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