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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


si on s' promenait au bord de l'eau...

Publié par Brigitte Blang sur 15 Septembre 2018, 00:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

si on s' promenait au bord de l'eau...

15 septembre 1936 : sortie du film la Belle Équipe

Au printemps 36, un an après la Bandera, Julien Duvivier retrouve Jean Gabin pour tourner un film bien dans l’air du temps, un film d’amitié, d’utopie aussi, de bonheur, de chansons et de communauté.

L’idée est simple : dans une France en crise, 5 copains, un peu chômeurs, un peu gouailleurs, un peu canailles, beaucoup fauchés, gagnent un pactole à la loterie. Ils décident de mettre l’argent en commun et de bâtir une guinguette en bord de Marne. Tout le monde s’y met, on travaille dans la belle humeur et la musique. On invente une espèce de collectivisme en modèle réduit. C’est l’esprit du Front populaire qui flotte à la ronde. On rêve de fraternité, de partage et de solidarité. Et on décline en réalités concrètes (!) un programme quasi politique. Même les gendarmes sont de braves gens. Et on s’ promène au bord de l’eau…

L’entreprise avance, l’entreprise s’achève. Une saison se déroule sur l’écran, animée de gaieté, de danse, de vin frais, de balades en barque. On a envie d’y croire. Et on y croit presque quand un drapeau est planté tout en haut du toit. On y croit. Mais le réalisateur en a décidé tout autrement. Une femme s’en mêle, incarnation d’une fatalité contraire. Et en une scène est anéanti l’enthousiasme qui avait porté toute l’aventure.

On a ici un vrai film populiste, dans son essence originelle. Accord parfait des situations, des dialogues, des personnages. L’ouvrier y est magnifié dans ses talents divers, dans sa générosité profonde, dans ses projets radieux, même si on n’est pas tout à fait dupe. Même si on se doute que tant d’harmonie, ça va bien finir par se payer un jour…

Et en effet, la vie, l’espoir, la liberté sont fragiles et il faut si peu pour les jeter à terre. Comme un ouvrier qui dévale d’un toit. Pour s’être cru invincible.

La Belle Équipe va partager les critiques de l’époque. Ceux qui n’y verront qu’une allégorie de l’échec programmé du Front populaire et les autres, qui au contraire y liront une dénonciation de l’argent corrupteur, qui détruit l’équilibre d’une entente qui trouvait sa force dans la lutte contre toutes les précarités.

La Belle Équipe, seul film à avoir été doté de deux fins totalement différentes. L’une optimiste, pour ne pas briser la flamme toute neuve de la conquête du pouvoir. L’autre infiniment plus noire, mais aussi tellement plus réaliste.

Voilà, c’est cela la Belle Équipe : 5 camarades qui construisent une maison, et voient mourir leur amitié.

Brigitte Blang  

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