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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


C'est à Craonne...

Publié par Brigitte Blang sur 16 Avril 2017, 00:00am

Catégories : #histoires et histoire

C'est à Craonne...

16 avril 1917, le Chemin des Dames et la Chanson de Craonne.

La bataille du Chemin des Dames, qui connut au printemps 1917 l’échec sanglant de la si fameuse « tactique Nivelle », fut suivie dans la troupe de nombreux mouvements de protestation, et même des refus de monter au front. Une espèce de grève, dirait-on.

Cette saturation a aussi donné naissance à d’immortels couplets, rares, et anonymes, bien sûr. On imagine sans peine que les auteurs (et les chanteurs) ne recherchaient pas une notoriété qui les mènerait face au peloton. Le plus souvent, la musique en était empruntée à des airs populaires. Ce fut le cas de celle-ci, considérée comme la plus contestataire d’entre toutes, la Chanson de Craonne.

Interdite, poursuivie, l’identité de son auteur mise à prix, accusée de saper le moral des braves poilus qui préféraient, on s’en doute, mourir fièrement pour la patrie… Rien n’y fit. Le refrain continuait de courir les tranchées. Murmuré, siffloté, les mots griffonnés sur les paquets de tabac. Tous la connaissaient. Elle traduisait si justement leur dégoût de ce carnage sans fin, leur angoisse de retourner se sacrifier pour les embusqués, pour ces « messieurs les gros », leur colère contre l’absurdité des ordres, absurdité trop courante en ces temps déraisonnables.

N’oublions pas… Le secrétaire d’État aux Anciens combattants a interdit qu’elle soit interprétée en juillet 2016, lors des commémorations de la bataille de la Somme. Peur des évidences, peut-être ? Celles des centaines de fusillés pour l’exemple ? Celles du rejet des hécatombes ? Celles des regrets éternels sur les croix alignées ?

Va-t-il oser renouveler son geste cette année, face au village fantôme de Craonne ? Va-t-il céder aux sirènes de l’oubli et du refoulement des « sacrifiés », alors même que notre liberté leur en est comptable ? Va-t-on aussi y interdire Aragon ? 

La Chanson de Craonne appartient à notre patrimoine commun. Elle n’est pas un hymne défaitiste, bien au contraire. C’est une plainte d’hommes au bord du tombeau. C’est le cri de douleur de ceux qui savent qu’ils ne reviendront pas. Ne dit-elle pas que « Ceux qu’ont l’ pognon, ceux-là r’viendront, Car c’est pour eux qu’on crève ! » ?

Et n’est-il pas toujours d’une actualité impérieuse de redire avec Anatole France : « On croit mourir pour le pays, et on meurt pour des industriels… » ?

Brigitte Blang

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