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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


pour mémoire

Publié par Brigitte Blang sur 11 Octobre 2016, 23:00pm

Catégories : #histoires et histoire

pour mémoire

Où que vous alliez, il se trouvera toujours quelqu’un pour vous demander : « Tu faisais quoi le soir du 10-Mai ? ». Et si vous leur répondiez : « Et toi, le 17 septembre, tu faisais quoi ? ». Vous vous souvenez, vous, du 17 septembre ? Je crois bien que c’était un jeudi et un après-midi passé devant la télé. Un petit gars, sur le parking d’à côté, faisait marcher sa CB, et ça brouillait le son. Il aura fallu sortir 3 fois pour lui demander d’arrêter, d’aller jouer plus loin. C’est drôle, le genre de détail qu’on garde… Quand même, à quoi ça tient l’histoire…

Faut dire, ce jour-là, à la télé, passait l’ultime épisode d’un film à rebondissements. Et il ne fallait surtout rien rater des dialogues. L’acteur principal, un type formidable, qui resterait à jamais dans les mémoires, pour ce rôle-là. Pas un rôle de composition, ça non !... Depuis des années, on l’entendait dire les mêmes mots, de sa voix si singulière, son phrasé unique, ses légers chuintements, qu’on n’oublierait plus jamais. Sur tant de scènes, défendant le même texte, le même qu’avant lui d’autres talents avaient porté : Le Peletier de Saint-Fargeau, Victor Hugo, Jaurès, Briand… Ces mots, vous les entendez encore, écoutez :

« Demain, grâce à vous, la Justice française ne sera plus une Justice qui tue ; demain, grâce à vous, il n’y aura plus dans les prisons, pour notre honte commune, d’exécution furtive à l’aube sous un dais noir ; demain, grâce à vous, les pages sanglantes de notre justice auront été tournées… J’ai l’honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée Nationale d’abolir la peine de mort en France… »

Vous vous souvenez, maintenant, de ce que vous faisiez, le 17 septembre 81? Nous, ce soir-là, on a expliqué à notre petite qu’on pouvait pleurer en buvant du champagne et qu’elle avait une sacrée chance de vivre ça, ici et maintenant…

Depuis ce jour-là, dans notre pays, on ne coupe plus les hommes en deux. Depuis ce jour-là, dans notre pays, le vœu de Victor Hugo, « l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort » est accompli. Ce jour-là, dans notre pays, des députés de droite se sont levés avec les députés de gauche pour applaudir l’acteur et son texte.

Aujourd’hui, tant années plus tard, il raconte : « Quand j’ai quitté l’hémicycle après le vote, je suis allé m’asseoir au Luxembourg, près de la Fontaine Médicis, parmi les enfants qui jouaient. Il faisait merveilleusement beau. Je pensai à tout ce qui était advenu. Puis je rentrai chez moi. Voilà. C’était fini, la peine de mort. »

Le rideau est tombé sur l’obscurité, sur l’obscurantisme. Le rideau est tombé, mais l’acteur n’a pas oublié son texte. Inlassablement, il le répète, il le répètera, jusqu’à l’extinction universelle de l’horreur légale.

Merci Monsieur Badinter.

brigitte blang

pour mémoire, et pour que justice leur soit rendue, rappelons-le: 16 RPR, 21 UDF voteront le texte gouvernemental. Parmi eux Jacques Chirac, Philippe Séguin, Michel Noir, Michel Barnier, Jacques Barrot, François Fillon, et bien d’autres aussi.

L'autre soir, à Paris, rue de la Roquette, nous avons posé nos yeux sur les dalles de granit qui barrent la petite rue face au square, face à ce qui fut la prison de la Petite Roquette, il y a bien des années en arrière. Ces cinq dalles servaient à équilibrer la guillotine, il y a si longtemps, il y a si peu encore, quand on coupait en deux des condamnés, en public, au pays des Lumières…

pour mémoire

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