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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante du parti de gauche.


février de cette année-là

Publié par Brigitte Blang sur 8 Février 2016, 00:00am

Catégories : #histoires et histoire

février de cette année-là

Il y a juste 9 ans, cet article était publié ici. Cédant facilement à la flemme, nous avons choisi simplement de le reproduire. Comme on l’avait mis. Tout pareil.

45 ans plus tard…

Il y a comme ça des dimanches qui commencent plutôt bien. Une fois n’est pas coutume… Aux aurores, entendre annoncer la mort de Papon, ça donne un autre goût au thé, pas de doute.

Papon, pour ceux qui n’y pensaient plus, c’était quand même le seul haut fonctionnaire français à avoir été condamné pour complicité de crime contre l’humanité. Le seul… Eh oui… Pour avoir envoyé en camp des petits enfants, des vieillards, et même des adultes, après tout, qu’importe l’âge, c’est la déportation qui compte. Que tu aies eu 10 ans ou 50, une fois là-bas, ça changeait quoi ? Papon, lui, il n’y avait pas vu malice, dis donc. Il y a des types comme ça, être commissaire « aux affaires juives », ça ne leur pose pas problème. Les « affaires juives », qu’est-ce que ça pouvait bien recouvrir ces mots-là ? Il y aurait donc eu des particularités juives ? Va savoir. Avec tout ce temps qui a passé, on ne sait plus bien, à vrai dire. Ce qu’on sait, par contre, c’est que le bonhomme, il a continué sa belle carrière, tout enrubanné d’honneurs et de dorures, dans les palais de la République (la vôtre, la mienne, la nôtre…), nommé par de Gaulle, par Pompidou, aussi, tous des gens éminemment fréquentables. Faut dire, la République, bonne fille, elle te l’avait nettoyé vite fait de ses turpitudes. Du coup, il a pu continuer son sale boulot. Il a été le chef de ceux qui ont flanqué à la Seine des manifestants algériens en octobre 61. Jamais on ne saura le nombre exact de morts, pour cette fois-là. Jamais. La honte. La honte sur notre belle démocratie, qu’on en est si fier, qu’on se permet même de donner des leçons aux autres. La honte devant ces petits enfants venus réclamer avec leurs parents le droit simplement normal de se balader le soir dans les rues. La honte… Et puis, Papon, ça a aussi été le Préfet de police de Charonne… Vous vous souvenez, de Charonne ? Chez moi, fatalement, on était un peu rougeâtre dans les opinions, alors, Charonne, on en parlait à table. C’était le 8 février 62. Les communistes avaient appelé à manifester contre l’OAS. La police a chargé. Les manifestants ont essayé de se réfugier dans le métro, à Charonne, mais voilà, va comprendre, les grilles étaient fermées. Piégés, ils ont été. On a relevé 8 corps. Huit, plus un neuvième qui est mort 3 mois plus tard. Le plus jeune n’avait pas 16 ans. Et 250 blessés. Parmi ces morts, il y avait une jeune femme : Fanny. La petite trentaine. Elle avait échappé aux rafles des années 40, déjà Papon. Manque de chance, 20 ans plus tard, il était encore là. Et Fanny, cette fois, elle a fait partie de la liste. Comme son beau-frère fusillé en 44. 5 jours après, ils ont été 500 000 à suivre les cercueils jusqu’au Père Lachaise. Le fils de Fanny, Alain, a écrit une histoire de cette journée sinistre « Anthropologie historique d’un massacre d’Etat » Ca m’étonnerait qu’il ait fêté l’événement Alain Dewerpe, ce matin, mais il a dû se dire, sûrement : « Les salopards font de vieux os, ces derniers temps, les bourreaux meurent centenaires, ou quasi » Si d’aventure, ces jours-ci, vous traînez du côté du Père Lachaise, allez-y, saluer les morts de Charonne. En n’oubliant pas Papon… Parce que c’est vrai, même si c’est un peu tard, les bourreaux meurent aussi.

brigitte blang

février de cette année-là

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